D'argent à une aigle de gueules, au vol abaissé, membrée, becquée et couronnée d'or, empiétant une montagne de trois coupeaux de sable issant d'une mer d'azur mouvant de la pointe et ondée d'argent.

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Au fifre niçois - Les traditions musicales du comté de Nice (MTCN)Musique traditionnelle du comté de Nice
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De Toussaint à l’Avent, jamais trop de pluie ni de vent. 
 

Éléments historiques du comté de Nice

1. Les Phocéens à Nice : la présence grecque
2. De la viguerie provençale au comté de Nice
3. La dédition de 1388
4. Les barbets et la première annexion de 1792
5. La seconde annexion de 1860

Le but de cette page n’est pas de présenter une vision exhaustive de l’histoire du comté de Nice – qui n’aurait pas sa place dans un site dédié à la musique traditionnelle –, mais simplement de donner des repères historiques permettant de mieux comprendre comment les traditions musicales du comté s’insèrent dans la trame historique, brassée et agitée, du pays niçois.

Les Phocéens à Nice : la présence grecque

De la viguerie provençale au comté de Nice

Pour administrer efficacement son empire, compte tenu de son étendue, Charlemagne (1) décide de mettre en place des représentants locaux qui exercent le pouvoir en son nom, dans un territoire précis et délimité. L’empire carolingien est donc divisé en circonscriptions à la tête desquelles l’empereur nomme des fonctionnaires. Ceux-ci reçoivent des titres correspondant essentiellement à leur pouvoir militaire : dux, ou duc – le chef –, et marquis qui administrent les marquisats ou marches, ces territoires frontaliers ; comte, qui administre un comté, territoire ordinaire. Autour de Nice existent à l’est le comté de Vintimille, au nord le marquisat d’Ivrée puis de Piémont. Nice est une ville du comté de Provence. Plus loin, existent le comté de Savoie et le marquisat d’Italie.
Durant la première moitié du IXe siècle, les invasions normandes au nord, hongroises à l’est et sarrasines au sud menacent et affaiblissent l’empire carolingien. Charlemagne ne peut faire face ; ses représentants locaux, au contact de la réalité, confisquent peu à peu le pouvoir à leur profit, s’accaparent terres domaniales et autorité de justice, créent des dynasties. Progressivement, duchés, marquisats et comtés deviennent de petits États, qui vont se transmettre par voie héréditaire. En Provence s’installent les Bosonides (2). Mais du fait des difficultés de communication de cette époque, le pouvoir des ducs, marquis et comtes est trop faible ; ceux-ci délèguent à leur tour auprès de fonctionaires locaux, sans titres, payés en terres et en droits, qui vont devenir localement autonomes, puissants et riches. Le comte de Provence lui-même n’exerce personnellement son pouvoir que sur la région autour d’Arles, la capitale.
À partir de 972, la coalition du comte de Provence et du marquis de Piémont réussit à repousser les Sarrasins. Le repeuplement qui s’ensuit provoque une « renaissance » tout à la fois humaine, économique, urbaine, politique et sociale. Ne pouvant trouver sur place les administrateurs de confiance nécessaires, les comtes de Provence recrutent dans la basse vallée du Rhône des nobles qu’ils connaissent, pour leur confier la gestion des territoires autour de Nice. La noblesse niçoise est alors arlésienne ou avignonaise, ainsi en est-il des Thorame, Faucon ou Glandèves. Mais les premiers « seigneurs », Odile et son fils Rostaing, ne semblent toutefois pas fonder une réelle dynastie. D’abord avec le titre de vicomte (3) aux Xe et XIe siècles, puis avec celui de viguier (4) à partir du XIIIe siècle, ces fonctionnaires ne parviendront jamais à exercer pleinement leur pouvoir face à la résistance des Niçois qui cherchent à ériger la ville en commune, à l’exemple de Gênes. Quant à la pyramide féodale, sa hiérarchie n’apparaît pas aussi clairement dans notre région que dans la France septentrionale.
Dès le XIe siècle, deux situations se superposent : Nice et quelques villages de l’arrière-pays – dont Lucéram, Sospel, Utelle – se constituent en « républiques communales » ; dans le reste de la montagne, les anciens protégés des comtes de Provence se taillent peu à peu des fiefs dont ils deviennent les « seigneurs », en partie par application du droit, en partie par usurpation. Mais Nice n’est pas encore comté, simplement viguerie, au même rang que ses voisines Barcelonnette, Grasse, Lantosque, Puget...

D’après Hervé Barelli, Lou Sourgentin, n° 156.

1. Charles Ier le Grand, dit Charlemagne (742 ou 747 - Aix-la-Chapelle, 814), de la dynastie carolingienne ; roi des Francs (768-814) et des Lombards (774-814), empereur d’Occident (800-814). Fils aîné de Pépin le Bref. D’Aix-la-Chapelle où il réside habituellement, il contrôle l’administration des comtes et des évêques par l’intermédiaire des missi dominici et de l’assemblée annuelle des notables.
2. Bosonides, dynastie fondée par Boson (mort en 887), beau-frère de Charles le Chauve. Il a été le dernier fonctionnaire carolingien et le premier comte « autonome » de Provence (879-887).
3. Vicomte, c’est-à-dire vice-comte, simple représentant du comte, sans autonomie réelle.
4. Dans le midi de la France, le viguier (mot d’ancien provençal, du latin vicarius) était un juge qui rendait la justice au nom du comte ou du roi. Nice n’est à cette époque que l’une des vingt-huit vigueries du comté de Provence.

La dédition de 1388

La suzeraineté de l’espace frontalier que représente la marche niçoise est régulièrement remise en cause. Bien que toujours dépendante du comté de Provence, Nice peut négocier directement des alliances avec Gênes ou Pise. Cette autonomie acquise au XIIe siècle et l’éloignement fréquent des comtes catalans, résidant souvent à Barcelone, poussent les Niçois à se rapprocher des Ligures pour conforter leur liberté. Alphonse Ier confirme les privilèges niçois en 1176, après une campagne militaire conduite par Raimond Bérenger III (5). Mais les affaires se gâtent pour quelques nobles niçois, dont Badat et Riquier, lorsque le comte Raimond Bérenger V retire ses franchises à la ville en 1229, avant de mater un complot progénois en décembre de la même année. Alors intégrée à la baillie d’outre-Siagne, Nice reçoit Romée de Villeneuve comme viguier. La tentation génoise semble s’éloigner, mais Charles d’Anjou (6) annexe la vallée de la Roya, ancien territoire du comté de Vintimille, élargissant ainsi vers l’est l’espace provençal.
À la mort du pape Grégoire XI, le conclave du 8 avril 1378 élit Urbain VI, mais les cardinaux non italiens lui choisissent Clément VII, donnant ainsi naissance au Grand Schisme d’Occident. L’existence simultanée de deux papes contraint la chrétienté à un choix obligé (7). La « reine Jeanne (8) » penche d’abord pour Urbain, mais reconnaît finalement Clément, déclenchant la colère d’Urbain qui manœuvrera pour faire assassiner Jeanne. Après la mort et le règne tumultueux de la reine Jeanne, le comté de Provence se trouve déchiré entre deux prétendants : Louis d’Anjou (9), soutenu par Clément VII, et Charles de Durazzo (10), soutenu par Urbain VI. La noblesse niçoise choisit le camp de Charles, contre le restant de la Provence qui choisit Louis.
La situation confuse (le Grand Schisme d’Occident a installé deux papes, la succession de la reine Jeanne voit s’affronter deux prétendants bientôt remplacés sur le trône par leurs veuves) profite aux Grimaldi (11) de Beuil, qui commencent à comploter à partir de 1385 : Jean (12) est nommé par Marguerite de Durazzo (la veuve de Charles) gouverneur de la Provence orientale en 1387. En septembre 1388, Jean obtient la dédition à la maison de Savoie, changeant définitivement le destin de la région niçoise. Par cet acte, qui n’entraîne que très lentement le changement de domination, Nice devient une capitale provinciale. L’ancienne noblesse, mécontente de l’ascension des nouveaux notables promus par les maîtres savoyards, résiste puis émigre vers la Provence (tels les Barras, Flotte, Glandèves, Guigonis, Puget) pour être remplacée par une nouvelle noblesse d’affaires. Les Grimaldi deviennent une puissance incontournable, possédant de vastes fiefs dans l’arrière-pays niçois, avec une fâcheuse tendance aux complots et aux ambitions démesurées.
Tandis que le comté de Provence est légué à la France en 1481 après la mort de René Ier le Bon, les rois de France, héritiers des Angevins, ne renonceront jamais à Nice et son comté.

D’après Colette et Michel Bourrier, Lou Sourgentin, n° 80 ; Jean-Michel Bessi, Lou Sourgentin, n° 156.

5. Raimond Bérenger III (1082-1131) ; comte de Barcelone (1096-1131) et de Provence (1112/1113 - 1131). Il étendit son État en Méditerranée (Baléares) et au-delà des Pyrénées.
6. Charles Ier d’Anjou (1226 - Foggia, 1285) ; prince capétien, comte d’Anjou, du Maine et de Provence (1246-1285), roi de Sicile (1266-1285). Frère de Saint Louis, il voulut faire de la Sicile le centre d’un empire méditerranéen s’étendant jusqu’à l’Orient. Ainsi, il fut un moment roi d’Albanie (1272) et roi de Jérusalem (1277). Mais la révolte des Vêpres siciliennes (1282) le priva de l’île de Sicile et provoqua la formation de deux royaumes de Sicile, l’un insulaire, l’autre péninsulaire.
7. Espagne, France, Gênes, Savoie prirent parti pour Clément VII tandis que l’Angleterre et le Saint Empire romain germanique choisirent Urbain VI. Nice, indécise, se se prononce pas.
8. Jeanne Ire d’Anjou, dite « la reine Jeanne » (Naples, 1326 - Aversa, Campanie, 22 mai 1382) ; reine de Naples (1343-1382), comtesse de Provence. Mariée tout enfant à son cousin André de Hongrie qu’elle « trompait de toute l’ardeur de son jeune corps », elle se remaria trois fois avant d’être assassinée sur l’ordre de son cousin et héritier Charles de Durazzo.
9. Louis Ier d’Anjou (Vincennes, 1339 - Bisceglie, 20 septembre 1384) ; duc d’Anjou (1360-1384), roi de Sicile, comte de Provence et de Forcalquier (1383-1384). Fils de Jean II le Bon, roi de France, il fut désigné par Jeanne Ire d’Anjou pour lui succéder.
10. Charles de Durazzo ou Charles Duras dit la Paix (1345 - Buda, 27 février 1386) ; roi de Naples (1381-1386) sous le nom de Charles III de Sicile, roi de Hongrie (1385-1386) sous le nom de Charles II. Descendant de Charles Ier d’Anjou, il revendiquait être l’héritier naturel du comté de Provence.
11. Les Grimaldi étaient une famille de Génois ambitieux, bien implantée dans la région niçoise. Elle est à l’origine de la maison de Grimaldi qui règne aujourd’hui encore sur la principauté de Monaco.
12. Joannet Grimaldi, dit Jean de Beuil. Il était le fils de Barnabo Grimaldi.

Les barbets et la première annexion de 1792

Le comté de Nice occupe une position privilégiée : dans la mouvance de la maison de Savoie depuis la dédition de 1388, le comté commande d’est en ouest le passage entre la Provence et la péninsule italienne. Sa limite occidentale est remaniée le 24 mars 1760 par le traité de Turin, les lignes frontalières du Var et de l’Estéron sont simplifiées : Aiglun, Bonson, Coursegoules, Les Ferrés et Gattières deviennent françaises, alors que Auvare, la Croix, Daluis, Guillaumes, Puget-Rostang et Saint-Léger passent sous domination du royaume de Piémont-Sardaigne. Le fleuve Var constitue un obstacle important : jusqu’en 1792, on ne peut le franchir qu’avec un bac ou à gué ; il faut compter près de 40 heures de voyage pour se rendre de Nice à Aix-en-Provence.
À l’aube de la Révolution française, les émigrés français, dont une majorité de Provençaux, se réfugient par centaines dans le comté de Nice, devenant ainsi l’un des quartiers généraux de la contre-Révolution. Fin 1790, une deuxième vague de Provençaux comprend essentiellement les évêques, prêtres et religieux qui refusent la Constitution civile du clergé votée par la Constituante le 12 juillet 1790. En avril 1792, le nombre des émigrés français est estimé à environ 1 500. La France et le royaume de Sardaigne rompent leurs relations diplomatiques le 2 mai 1792. Le 29 septembre 1792, les troupes de l’armée française, sous le commandement du général d’Anselme, franchissent le Var et envahissent la ville de Nice, livrée pendant deux jours aux pillages, aux exactions et à la violence primitive de la part des soldats français. Pendant deux mois, d’Anselme exerce une dictature militaire, et met en place une administration provisoire sous la direction du Provençal Barras.
Après la conquête rapide du littoral, d’Anselme jette le 12 octobre 1792 sur l’arrière-pays trois colonnes, commandées par les généraux Barral, Brunet et Dumerbion. Si la population rurale n’oppose au départ aucune réaction défavorable à l’intrusion militaire française, un retournement d’opinion a rapidement lieu sous le poids des réquisitions imposées par l’armée, dont son chef, d’Anselme, est l’ordonnateur. Les charges militaires, les incendies volontaires, les viols, les extorsions, les excès du comportement des occupants ne font qu’exacerber et accélérer les mouvements de résistance. La situation est de plus en plus mal supportée par les autochtones terrorisés et ulcérés. Les paysans prennent les armes et gagnent le maquis sur les hauteurs des villages, dans les taillis, les rochers, pour se joindre aux milices régulières sardes, formant ainsi le barbetisme historique. Les barbets harcèlent les arrières de l’armée française, ils sont considérés par l’occupant comme de vulgaires criminels, attisant la soif de vengeance des Français. Le 31 janvier 1793, la Convention vote à l’unanimité la réunion du comté de Nice à la France. Le 4 février, cette même Convention promulgue le décret qui constitue le 85e département français sous le nom de département des Alpes-Maritimes.
La situation financière et économique de l’hiver 1793, les pillages continuels de la part de l’armée française augmentent encore davantage le désespoir qui s’empare des paysans. La colère et la haine se répandent, le refus de la conscription provoque le grossissement des bandes de barbets. La région devient une zone de résistance obstinée à la Révolution française, un territoire hostile à l’imposition du pouvoir français. Le général de brigade André Masséna, décidé à détruire ce mouvement de résistance, organise des mesures anti-barbets. Les représentants de l’État français, appuyés par les jacobins et les sociétés populaires, considèrent que pour mettre un terme à ces « brigandages », il faut traiter les barbets comme « les brigands de la Vendée » ou les chouans en Bretagne. En riposte, les barbets enlèvent sur les routes chariots et mulets, commettent des assassinats, et malmènent la républicanisation du comté de Nice.
Il faut attendre mai 1794 pour que l’ancien comté de Nice soit sous domination française. Mais cela ne signifie pas le rétablissement de l’ordre et de la sécurité : les bandes de barbets continuent d’infester l’arrière-pays et entretiennent un climat de confusion et de troubles. La défaite des troupes austro-sardes en avril 1796 conduit Victor-Amédée III, souverain du royaume de Piémont-Sardaigne, à renoncer – par le traité de Paris signé le 10 mai 1796 – au comté de Nice et à la Savoie, et cède « à perpétuité » ces territoires à la jeune République française. Le Piémont est en totalité neutralisé, permettant à l’armée d’Italie d’emprunter routes et cols pour conduire l’expansion révolutionnaire.
Les soldats sardes et piémontais démobilisés viennent grossir les rangs des barbets, organisés en maquis autonomes, qui gagnent désormais leur renommée de maîtres de l’arrière-pays, obligeant le général en chef Kellerman à réagir avec fermeté. Certains cantons de l’arrière-pays, tels Roquebillière ou Val-de-Blore, sont surnommés des « petites Vendée ». Le barbetisme connaît une nouvelle flambée en 1799 (an VII), provoquée par les persécutions religieuses qui ont repris en décembre 1798, et en 1800 (an VIII), à la suite de l’offensive austro-sarde de reconquête de ses anciens territoires. En vendémiaire an VIII, des patrouilles autrichiennes font incursion dans les hautes vallées de la Tinée et de la Vésubie. L’armée d’Italie sous le commandement de Masséna subit de lourds revers en Italie du nord face aux Autrichiens, et se replie sur Nice, où les 3 000 rescapés, malades et blessés arrivent dans un dénuement total et vont provoquer une grave épidémie.
La voie est libre pour les troupes austro-sardes qui entrent dans Nice le 9 mai 1800. Les barbets se livrent alors à une chasse aux patriotes francophiles. Mais le temps de l’apaisement est venu, l’administration civile s’efforce de remettre en état un département dévasté. Les derniers foyers barbets, en particulier à Aspremont, se réduisent à un brigandage endémique. Après quelques derniers soubresauts, le calme revient définitivement lorsque l’armée austro-sarde reprend possession de l’ancien comté de Nice. Le 30 mai 1814, Victor-Emmanuel Ier signe le traité de Paris par lequel le comté de Nice retourne au royaume du Piémont, les Niçois retrouvant par ce retour au passé leur souverain légitime et leurs traditions.

D’après Michel Iafelice, Barbets !
La seconde annexion de 1860

En 1846-1849, le Risorgimento (13) échoue devant l’Autriche qui occupe le nord de la péninsule italienne. Le Piémont, avec Charles-Albert (14) puis son fils Victor-Emmanuel II (15) et son ministre Cavour (16), s’impose alors à la tête du mouvement pour réaliser l’unité italienne. Par les entrevues de Plombières (Vosges) le 21 juillet 1858, Cavour obtient de Napoléon III le soutien militaire de la France au royaume de Piémont-Sardaigne contre l’Autriche. Les troupes françaises assureraient au Piémont la Lombardie, la Vénétie, les Romagnes et peut-être Parme et Modène. En retour, le Piémont donnerait à l’Empire français le versant occidental des Alpes, c’est-à-dire la Savoie et le comté de Nice. Cette entente secrète n’est rendue publique qu’au mois de janvier 1859, lors du mariage du prince Jérôme (17) avec la princesse Clotilde. En avril 1859, la guerre est déclarée à l’Autriche, les troupes franco-piémontaises entrent en campagne et remportent les victoires de Montebello, Palestro, Magenta et Solferino. Contrairement à sa promesse de libérer l’Italie depuis les Alpes jusqu’à l’Adriatique, Napoléon III ne libère que la Lombardie et signe le 12 juillet 1859 la paix de Villafranca (Vénétie) sous la pression menaçante de la Prusse, provoquant la démission de Cavour. C’est la fin de la campagne d’Italie, l’Autriche doit quitter la Lombardie. Par le traité de Zurich (novembre 1859), Venise demeure autrichienne et la Lombardie revient à la France, qui la rétrocède au Piémont.
Napoléon III, dont le rôle se borne maintenant à empêcher le retour des hostilités de la part de l’Autriche, en maintenant un corps d’occupation en Lombardie, ne renonce cependant pas à la Savoie et au comté de Nice. En recevant le 16 octobre 1859 le général Dabormida, ministre des Affaires étrangères de Victor-Emmanuel II, Napoléon III exige que le Piémont indemnise la France d’une partie de ses frais de guerre. Le ministre précise que les accords de Plombières n’ayant pas été menés à leur terme, puisque les Autrichiens occupent encore la Vénétie, le Piémont n’est pas tenu de céder la Savoie.
Mais Cavour, qui reprend son ministère le 20 janvier 1860, a besoin du soutient de Napoléon III pour réaliser son projet d’annexer au Piémont l’Italie centrale. La question du transfert de la Savoie et du comté de Nice devient une question européenne, entraînant des protestations de la part du Royaume-Uni. Dans son discours du 1er mars 1860 devant le Corps législatif, l’empereur déclare : « En présence de la transformation de l’Italie du nord, qui donne à un État puissant tous les passages des Alpes, il était de mon devoir, pour la sûreté de nos frontières, de réclamer les versants français de nos montagnes. Cette revendication d’un territoire de peu d’étendue n’a rien qui doive alarmer l’Europe (...) car la France ne veut procéder à cet agrandissement (...) ni par une occupation militaire, ni par une insurrection provoquée, ni par de sourdes manœuvres, mais en exposant la question aux grandes puissances. » La réponse de Victor-Emmanuel II parvient le même jour : « Le cabinet de Turin sait ce qu’il doit à la France, et le roi, malgré la douleur qu’il éprouve à la pensée de se séparer des États de ses pères, fera ce sacrifice à sa reconnaissance. » Le 13 mars, Thouvenel, ministre français des Affaires étrangères, adresse aux puissances européennes la circulaire qui fait part des intentions de l’empereur et des motifs qui les légitiment. S’en suivent de nombreuses réactions, négociations et pressions politiques. Le 24 mars, les ministres plénipotentiaires du roi de Piémont-Sardaigne et ceux de l’empereur signent à Turin le traité par lequel le roi de Piémont-Sardaigne consent à la réunion de la Savoie et de l’arrondissement de Nice à la France, et renonce, pour lui et tous ses descendants et successeurs, à ses droits et titres sur lesdits territoires. Enfin, le 1er avril 1860, Victor-Emmanuel II déclare que la réunion à la France aura lieu avec l’adhésion des populations de Savoie et du comté de Nice, et la sanction du Parlement piémontais.
Ces événements donnent lieu dans les deux provinces à des mouvement d’opinion. À Nice, les idées françaises sont doublement servies par le souvenir encore frais du Premier Empire et par le fait qu’une grande partie de la classe dirigeante a suivi ses études en France. Le passage des troupes françaises au printemps 1859 – accueillies de façon enthousiaste –, puis surtout leur retour avaient déjà été l’occasion de parler directement et avec insistance de l’annexion. La campagne de presse commence au printemps 1860. En faveur de l’annexion, L’Avenir de Nice (ex-Écho des Alpes-Maritimes), contre : Le Nizzardo et La Gazette de Nice. Victor-Emmanuel II rappelle les fonctionnaires « qui n’appartiennent pas à votre pays et je les remplace par plusieurs de vos concitoyens ». À Nice sont nommés M. Lubonis, gouverneur provisoire de la province, Prosper Girard, vice-gouverneur, et M. Gal, conseiller du gouvernement. M. Lubonis est en charge de l’organisation du scrutin, qui aura lieu les dimanche 15 et lundi 16 avril 1860.
La ville de Nice est pavoisée. Le jour du scrutin, l’enthousiasme populaire éclate, décrit en ces termes par Le Moniteur : « C’est à 9 heures du matin que devait s’ouvrir le scrutin. Dès 7 heures, on voit s’avancer de tous côtés, tambour battant et drapeaux déployés, les électeurs des communes rurales, en habits de fête, guidés par les curés et les conseillers municipaux. En passant devant le consulat de France, tous s’arrêtaient pour saluer de leurs acclamations les représentants du pays auquel ils étaient fiers de se donner ; tous portaient à leur chapeau le bulletin français qu’ils allaient déposer dans l’urne. » La cour d’appel est chargée de procéder au recensement des votes de tout l’arrondissement ; le 28 avril, elle proclame les résultats en audience publique. Le « Oui » en faveur de l’annexion l’emporte avec une quasi-unanimité (18). Côté piémontais, le vote au Parlement a lieu le 11 mai. Le traité du 24 mars est entériné par 229 voix contre 33, avec 23 abstentions. Il est rendu exécutoire le 11 juin.
Le 14 juin 1860, la réunion du comté de Nice à la France est un fait accompli : le sénateur Pietri prend possession de l’arrondissement au nom de l’empereur. Le pavillon sarde est amené après avoir été salué par une salve de 21 coups de canon ; le drapeau français est envoyé et reçoit les mêmes honneurs. Le sénateur Pietri installe M. Paulze d’Ivoy préfet des Alpes-Maritimes. Après une période de transition nécessaire à l’organisation du nouveau département des Alpes-Maritimes (19), la loi française s’applique au comté de Nice dès le 1er janvier 1861.

D’après Joseph Levrot, Nice historique, 1910, n° 11.

13. Le Risorgimento, mot italien signifiant la « Renaissance », qui désigne le mouvement idéologique et politique prônant l’unification de l’Italie.
14. Charles-Albert (Turin, 1798 - Porto, Portugal, 1849) ; roi de Sardaigne (1831-1849). Il a promulgué le Statut fondamental (1848) établissant une monarchie constitutionnelle. Il voulut libérer la Lombardie, mais fut vaincu par les Autrichiens à Custoza en 1848, puis à Novare en 1849, et dut abdiquer en faveur de son fils Victor-Emmanuel II.
15. Victor-Emmanuel II (Turin, 1820 - Rome, 1878) ; roi de Sardaigne (1849), puis roi d’Italie (1861). Fils de Charles-Albert, qui abdiqua en sa faveur.
16. Camillo Benso, comte de Cavour (Turin, 1810 - Turin, 1861). Défenseur des idées libérales, fondateur du journal Il Risorgimento (1847). Homme d’État italien, député au Parlement de Turin (1848), ministre piémontais de l’Agriculture et du Commerce (1850) puis des Finances (1851), il devient président du Conseil en 1852 et s’attache à réaliser l’unité italienne. Démissionnaire après l’armistice de Villafranca, Cavour revient au pouvoir en 1860 et réalise en grande partie l’unité du pays (Lombardie, Italie centrale).
17. Jérôme Bonaparte (Ajaccio, 1784 - Villegenis [Massy, Essonne], 1860) ; roi de Westphalie (1807-1813). Frère de Napoléon Ier, maréchal de France (1850), il fut président du Sénat en 1852.
18. Pour l’arrondissement de Nice, les résultats sont les suivants : inscrits 29 142, votants 24 637, oui 24 448, non 160, nuls 29, soit environ 99,2 % en faveur du « oui » à l’annexion.
19. Le nouveau département des Alpes-Maritimes fut formé par l’adjonction, au circondario de Nice, de l’arrondissement de Grasse détaché du Var. Mais deux communes du comté de Nice, Tende et La Brigue, restèrent italiennes. Ce démembrement souleva de vives protestations de la part de leur population, qui avait voté massivement en faveur de l’annexion. Il était surtout très défavorable stratégiquement pour la France. On avance souvent comme raison à ce fait la volonté qu’aurait eue Victor-Emmanuel de conserver ses terrains de chasse. En réalité, Cavour avait montré dès les premiers pourparlers la ferme volonté d’assurer à l’Italie une frontière forte.

 

Les éléments historiques sont extraits, pour partie, de :
     • Iafelice (Michel), Barbets ! Les résistances à la domination française dans le pays niçois (1792-1814) ;
     • revue Lou Sourgentin ;
     • revue Nice historique.

© 2001-2019 Jean-Gabriel Maurandi.


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