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Lexique nissart (niçois)
Ce lexique n’a pas la prétention d’un dictionnaire niçois-français exhaustif, mais simplement d’expliquer succinctement quelques mots, expressions ou toponymes nissart récurrents dans les chansons traditionnelles du comté de Nice.
abat ou abbat : abbé de la jeunesse, c’est-à-dire directeur et organisateur des fêtes et des bals dans les villages du comté de Nice. Son rôle correspond au besoin de contrôler les abus et dérives des réjouissances. Terme souvent suivi de mage (le plus âgé, le plus grand, le premier), pour indiquer que l’abat-mage joue le premier rôle dans les fêtes patronales, festins et romérages. Par exemple, c’est lui qui offre le coq pendant l’ouferta dòu festin (l’offerte des festins) et conduit la farandole dans les rues du village. Cité dans L’Ouferta de Calèna, Rèi dòu rire, Lou Rèi vutanta vuech, Lu Tres Embriac.
aberge : désigne un mur monté en pierres sèches. Cité dans Li Bigneta.
l’Avenue : à Nice, « l’Avenue » prolonge vers le sud l’avenue François-Malausséna, en reliant la gare SNCF à la place Masséna. Son tracé a été envisagé dès le début du XIXe siècle, en prévision du développement vers le nord de la ville nouvelle. Ouverte en septembre 1864 sous le nom d’avenue du Prince-Impérial (en hommage à l’empereur Napoléon III), débaptisée (après la chute du Second Empire en 1870) en avenue de la Gare (lors de la mise en service le 18 octobre 1864 du terminus de la ligne PLM, la gare de Nice était alors située en pleine campagne), puis rebaptisée en 1919 avenue de la Victoire, aujourd’hui renommée avenue Jean-Médecin après le décès de cet ancien maire de Nice. Son tracé nord-sud a longtemps accueilli le corso du carnaval avant son déplacement en 2005 vers la promenade des Anglais, en raison des travaux en centre-ville pour le tram (ainsi que de la tenue cette année-là du sommet de l’OTAN). Cité dans À tu ! À iéu ! Carnaval niçois, Ris ! Ris ! Tralala.
aver ou avé ou average : troupeau de bétail, plus précisément un troupeau d’ovins (d’aver, avoir, posséder). Lou can d’aver est le chien de berger. Cité dans A la ciéuta de Betelèn, Au masage, Lo Fantome Pellegrin, Maria Caté, Ouferta de Calèna, Segnour e pastressa, Lou Vaquié.
Babazouk (de l’arabe bab al souk, la « porte du souk ») : surnom du Vieux-Nice, qui s’étend vers l’ouest au pied de la colline du château. De forme approximativement triangulaire, le Babazouk est limité à l’est par la colline du château, à l’ouest par le Paillon et au sud par la Méditerranée. Le Babazouk comprend plusieurs quartiers : le Malouna, la Marina, le Mascouïnà, etc.
barba : oncle ; par extension, on donne ce titre honorifique, en signe de respect, à toute personne qui commence à vieillir. Cité dans Au masage, Jan, Jausé, Nouvé dai courpouracioun, Nuhé de Barba Titon.
bregado ou brigada ou brigado : assemblée, plus particulièrement assemblée de bergers, bande, brigade, compagnie, troupe, et parfois brigand. Cité dans Ai ! quouro tournara lou tèms, bregado, Guihaume, Tòni, Pèire, Proufitas-me lèu, Sus lou coutau, Un ange a fa la crido, Viven urous e countènt.
bugada : lessive (du francique bukon, lessiver), buée dégagée par la vapeur d’eau qui s’échappe de l’eau chaude. L’expression couli bugada (« je coule la buée » ou « je coule la lessive ») désigne l’opération qui consistait à faire couler dans le cuvier ou la lessiveuse et à plusieurs reprises de l’eau chaude – produisant de la buée – sur des couches alternées de cendre de bois et de linge sale afin de le blanchir. (Cf. par exemple Yvonne Verdier, Façons de dire, façons de faire... pour le Châtillonnais, en Côte-d’Or.) Au figuré, A fach la bugada s’applique à l’enfant qui urine au lit. Le débiteur qui augmente sa dette au lieu de la rembourser à son créancier a mai mes sus la bugada (a ajouté une nouvelle dette à l’ancienne). Faire una bugada : faire une sottise, s’endetter, perdre gros jeu. La bugadiera est donc la blanchisseuse ou la lavandière, celle qui fait la lessive. Cité dans La Cansoun dai babarota, La Descaussa, Mazurka souta l’oulivié, Nouvé grassenc, Tanta Jana, Viven urous e countènt.
cadena ou cadenoun : leur bijou favori, la chaîne en or que les Niçoises portaient en sautoir, à laquelle était accrochée la croix en or, plus rarement en argent. Cité dans Flou de Nissa, La Paisana niçarda, La Rouseta de Nanoun, Rouseta la pastressa, La San-Peire.
cairèu : ou « fanchon », diminutif du prénom « Françoise ». Le cairèu désigne le fichu ou le petit foulard plié en triangle, les pointes croisées sous le menton puis nouées sur le dessus de la tête, que les Niçoises portaient les jours de fête en remplacement de la capelina. Sous le cairèu, les cheveux longs sont coiffés en touorsa (torsade enroulée en couronne, maintenue par des rubans). « Le fanchon de nos paysannes était bordé de plis godronnés qui se relevaient sur le visage » (Georges Castellana, Dictionnaire niçois-français). L’illustration montre quatre plis portés ici vers l’arrière de la tête. Le même Georges Castellana indique trois façons de plier : plegà (plier, sous forme de grecque en « L »), crespà (crêper, sous forme d’ondulations) et canounà (godronner, sous forme de grecque en « T »). Li filha canounavon à la pàia lu cairèu dantelat (Les filles pliaient à la paille les fanchons dentelés). Cité dans A San-Brancai, Farandola de printèms, Jan, Jausé, Mazurka souta l’oulivié, La Nissarda, Li Pescairis, Pi... ouit ! | |  |
| D’après Paul Émile Barberi (Rome, 1775 - Nice, 1847), Niçoises, 1831, détail. |
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calen : ancienne lampe romaine à huile, chaleil. Au sens figuré, personne malpropre. Cité dans A la cabana de Betelen, La Calignèra, Fai anà, Guihaume, Tòni, Pèire, La Luerna, Nissa la bella, Nuhé de Barba Titon.
canoun : le « canon de midi ». La légende rapporte que sir Thomas More, en villégiature à l’hôtel Chauvin de Nice en 1861, avait une épouse si bavarde que seul un coup de canon pouvait la faire taire afin de passer à table. Avec l’accord de François Malausséna, maire de Nice à cette époque, cet Anglais fit installer à ses frais un petit canon sur la terrasse du château, qu’un canonnier faisait tonner tous les jours à midi, en même temps qu’un globe doré était hissé en haut d’un mât au dessus de l’hôtel. Après le départ de sir Thomas en 1866, le canon resta muet. Conséquence, les horloges de la ville se désynchronisèrent ! Un décret du 19 novembre 1875 rétablit le canonnier dans ses fonctions, et le canon fut déclenché à la levée du globe doré, désormais installé au dessus du théâtre italien. De nos jours, le canon a été remplacé par un tir de mortier de feu d’artifice. Cité dans Carneval de Niça-la-Florida, Pi... ouit ! Rèi dai vila dau mounde, Lou Rèi vutanta vuech, Sus la grava, Vaga d’aquì ! Vaga d’aïa !
capelina : désigne le large chapeau en paille tressée, rond et plat, porté au quotidien par les femmes pour se protéger du soleil ou... de la pluie ! Mais les jours de fête, les femmes nouent sur leur tête le cairèu (le fanchon), la capelina reste alors accrochée à la taille. Cette capelina est devenue un accessoire symbolique du costume traditionnel niçois féminin, en lui donnant – associée à la jupe rayée verticalement de bandes blanches et rouges – une identité visuelle forte. Cité dans À Cimiès damoun, La Bella Bouquetiera, Cantan, balan per tu, Nissa, Farandola de printèms, Nissa la bella, La Nissarda, La Paisana niçarda, La Rouseta de Nanoun, Rouseta la pastressa. | |  | |  |
D’après Gustav Adolf Mossa (gauche), d’après Vittorio Garnier-Valetti, Niçoises, 1852, détail (droite). |
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chamada ou ciamada : aubade, petit concert donné sous les fenêtres ou à la porte de quelqu’un avant de lui présenter la cocarde et recueillir son offrande (de chamà, appeler). J.-B. Calvino précise « cérémonie qui ne se pratique plus que dans les campagnes : au premier jour de l’an, au commencement de la fête d’un village ». Cité dans Lu Capitani de quartié, Les circonstances, Innou Seguran, Nouvè.
chaudèu : l’échaudé, ou gimblette, est un gâteau léger fait avec de la pâte échaudée, qui est séchée au four. Il peut être servi mou, aromatisé à l’eau de fleur d’oranger, ou dur, parfumé à l’anis. Ce gâteau niçois est différent de la fougasse provençale. Cité dans À Cimiès damoun, Ah ! Ah ! Lu Cougourdoun, Farandola de printèms, Lou Festin dei cougourdoun, Lou Festin dai rangou, La Fiha dòu chapacan.
counfèti : confetti. Voir jou dei gip (jour des plâtres).
coulougneta : quenouillette (diminutif de coulougna, quenouille). Cité dans Li Baumeta, La Garda mobila, La Margarideta, Nissa la bella, Nouvé de la coulougneta, Rouseta filava, Venès virà lou mai.
crous d’or ou crous d’argèn : croix d’or ou d’argent, le bijou associé à la cadena. Cité dans Flou de Nissa, La Paisana niçarda, La Rouseta de Nanoun, Rouseta la pastressa, Sus lou prat.
defici (du latin aedificium, édifice) : moulin actionné par l’eau et produisant de l’huile d’olive. Cité dans Lou Vièi Defici.
dorca ou dourca : burette en fer-blanc, utilisée à table pour l’huile (d’olive !) comestible (de orca, tonneau). Désigne aussi le récipient déposé à l’église dans lequel les fidèles déposent l’huile destinée à entretenir la flamme du Saint sacrement. Cité dans La Ben Caussada, Nouvè doi Boiroulencs.
Erode : Hérode Ier le Grand (Ascalon, 73 - Jéricho, 4 av. J.-C.), roi des Juifs de l’an 37 à l’an 4 av. J.-C. Il tenait son pouvoir des Romains, qu’il imposa avec une brutale énergie. Les Évangiles lui attribuent le massacre des Innocents (meurtre des enfants de moins de deux ans, ordonné par Hérode le Grand par crainte de la rivalité d’un futur Messie, évangile de Matthieu). Cité dans Bon Diéu ! la grand clarta ! Lei mage dins Jerusalèn, Se vàutre sias countènt.
faissa : terrasse cultivée à flanc de colline ou de montagne ; planche de terrain pentu, découpé en paliers horizontaux limités par des murets. Le bord qui surplombe la faissa inférieure est la bonda, le bord opposé la prèissa. Cité dans A San-Brancai, As vist ? La Cigala, La Pesca, La Sirigauda.
felibre : membre du Felibrige. Boucoiran (L.) indique artiste, écrivain, poète, ami des arts en général... et propose une double étymologie : fai libre, qui fait des livres, ou fei libre, qui a la foi libre, libre-penseur, philosophe. Cité dans Coupo santo.
Felibrige : mouvement culturel pour la conservation et la renaissance de la langue et des traditions provençales, fondé le 21 mai 1854 par sept poètes : Théodore Aubanel, Jean Brunet, Paul Giera, Anselme Mathieu, Frédéric Mistral, Joseph Roumanille et Alphonse Tavan. Frédéric Mistral en a été le plus illustre représentant. Dans ses Mémoires et récits, Frédéric Mistral raconte la raison du choix de ce mot felibre, en faisant référence à un vieux récit populaire transmis, à Maillane, de bouche à oreille : « Monseigneur saint Anselme lisait (...) Car vous étiez dans le temple | Où vous vous disputiez | Avec les scribes de la Loi | Avec les sept felibres de la Loi — Les sept felibres de la Loi, mais c’est nous autres ! s’écria la tablée (1). Va pour felibre ! »
fougairoun ou fougueiroun ou fugairoun (du latin focaris, qui appartient au foyer) : l’âtre, le foyer (lieu où l’on fait le feu dans la cheminée et, par extension, lieu où habite la famille), le coin du feu. Désigne aussi le fourneau de cuisine placé au-dessus du feu dans la cheminée, ainsi que l’affouage (impôt par le feu). Cité dans La Cansoun dai babarota, L’Iver, La Miéu Bella Nissa, Nuhé de Barba Titon, O, santa nuech, La Pesca, Lou Pichin Ome, La Regina dòu mai, Lu Revenan, Lou Vaquié, Viva la pesca !
jas (en piémontais gias, parc à bétail ; en provençal jhas) : bergerie, lieu dans lequel on enferme le troupeau, gîte, litière (paille que l’on met sous les bestiaux dans l’écurie). Au figuré : confusion, désordre. Dans les paroles des noëls, ce mot désigne selon la tradition chrétienne l’étable dans laquelle est né l’Enfant Jésus à Bethléem, ou la crèche (mangeoire remplie de paille) sur laquelle il aurait été déposé. Cité dans Allons, bergers, partons tous ou Quand Dieu naquit à Noël, Aquel ange qu’es vengu, Ausse-ti, frema, Bon Diéu ! la grand clarta ! Helas ! qu noun aurié pieta, Jèsu, vous sias tout fioc e flamo, La fe coumando de crèire, Li a quaucarèn que m’a fa pòu, Micoulau noste pastre, Nouvè de la mountagno, Nouvé dòu pastre, Nuhé de Barba Titon, L’Ouferta de Calèna, Lei Pastourèu, Lu Pastourèu, San Jóusé m’a di, Se vàutre sias countènt, Tòni, Guihèn, Peiroun, Touro-louro-louro ! Lou gau canto, Tu que cerques tei delice, Un bèu matin, veguère uno acouchado, Uno estello, Un pau après lei tempouro, Vers lou pourtau Sant-Laze, Vos-tu qu’anen en Betelèn ?
jou dei gip : Le « jour des plâtres » fait référence au dernier jour du carnaval pendant lequel on utilisait des confettis qui, autrefois, n’étaient pas en papier, mais faits de petites boulettes de plâtre coloré ou d’un mélange de plâtre et de sucre, de la grosseur d’un petit pois. Ces boulettes avaient elles-mêmes remplacé au XIXe siècle les dragées utilisées dès l’origine du carnaval. Le Guide bleu de Nice paru en 1893-1894 décrit la bataille de confettis en plâtre qui a lieu durant le carnaval de la ville : | « Les fêtes commencent par un défilé de chars, masques, mascarades, voitures décorées, et cela au milieu d’une bataille effrénée à laquelle toute la population prend part : la bataille des confetti. | | « Les confetti sont des boulettes de plâtre coloriées, de la grosseur d’un petit pois. Celui qui veut prendre part à la bataille emporte avec lui ses munitions et, le visage protégé par un grillage en fil de fer, la tête resserrée par un bonnet, armé d’une petite pelle qui sert à lancer les confetti, se jette bravement dans la mêlée ; alors gare au premier qui l’attaque. Gare surtout au malheureux chapeau haut de forme qui s’aventure sur le parcours du défilé carnavalesque ; on en fera impitoyablement un accordéon. | | « La rue Saint-François-de-Paule, la promenade du Cours et la place de la Préfecture, où sont construites les tribunes, sont les endroits les plus animés. | | « Qui n’a pas vu le carnaval de Nice ne peut s’en faire une idée bien exacte ni comprendre qu’une population entière puisse arriver à ce degré de folie qui la fait se ruer tout à coup dans la rue pour se lancer mutuellement à la tête de petites boulettes de plâtre. Et cependant, combien de nos jolies mondaines appartenant à la colonie étrangère se précipitent au sein de la mêlée, au milieu des bruits de la foule, des piétinements des chevaux, des cris des masques et des notes aigres des fanfares. | | « Les personnes qui ne voudront pas prendre part à la bataille des confetti pourront louer des places sur les tribunes de la Préfecture ou, mieux encore, une fenêtre ou un balcon donnant sur la rue Saint-François-de-Paule. Elles assisteront de là au spectacle de la lutte, sans crainte de recevoir la moindre pelletée de confetti. » |
La pratique des confettis en plâtre, appelé également « confettis italiens », ayant donné lieu à des abus et des accidents, et sous la pression des touristes venant à Nice pour assister (et non participer !) au carnaval, les confettis de plâtre ont progressivement été remplacés par des confettis de papier mâché, puis de papier. Ces confettis modernes, lancés à Paris au début des années 1890 (2), apparurent à Nice dès 1892, sous le nom de « confettis de Paris ». Les confettis en plâtre seront finalement interdits à Nice à partir de 1955.
Le mot confetti vient d’un mot italien désignant une confiserie semblable à la dragée. Le Nouveau Petit Robert, dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, édition 2009, précise que c’est le pluriel de confetto, mot qui vient du latin confectus signifiant « préparé », qui a également donné le mot « confit » (article Confetti, p. 502). Le niçois gip désigne le gypse dont on extrait le plâtre et, par métonymie, le plâtre lui-même.
Cité dans Fla ! Fla ! Nice en folie, Lou Rèi de la foulìa.
lauvanié : rouleau pour étendre et abaisser la pâte. Désigne également la planche de bois généralement circulaire (ou plaque de marbre) dont se servent les pâtissiers, ainsi que les lasagnes et la pâte fraîche aplatie. D’autre part, laua, lausa, lausan, lausiera, lauva, lauvan, lauvanié et lauviera désignent la lause (ou lauze), l’ardoise, la pierre plate utilisée pour couvrir les toitures. Le verbe lauà correspond à l’action d’aplatir, d’étaler. Cité dans Lu Millioun de Carneval, O, santa nuech, La Pastoura.
magagna ou magagno : défaut, tache, tare, vice ; parfois avarie, peine, tracas ou même fatigue (de mahagnare, se gâter, s’avarier). En provençal, magagno signifie artifice, fourberie, malice, ruse... Leis fremos soun coumo leis castagnos, belleis defouèro et dintre an la magagno (Les femmes sont comme les châtaignes, belles dehors et dedans elles ont la magagno). Cité dans Li Castagna, Lou Fantàume Pelegrin, Lei Pastourèu, Lu Pastourèu.
mainagié ou meinagiè (du provençal meinagea, user d’économie dans l’administration de ses biens, dépenser son argent avec prudence) : agriculteur, cultivateur qui fait valoir ses terres. Plus généralement, personne qui économise, qui épargne. Cité dans La Farandoulo dei meinagié.
Malouna (de maloun, brique, carreau, mallon, tomette) : un des quartiers du Babazouk, ainsi nommé parce que le chemin était pavé de mallons, ou bien parce que la corporation des briquetiers et carreleurs – prospère au Moyen Âge – y avait son siège. Cité dans La Ben Caussada, La Cansoun dai babarota.
Marina : jusqu’au début du XVIIIe siècle, ce nom propre désigne la halle aux poissons dans le Babazouk (c’est-à-dire le Vieux-Nice), puis, par extension, le quartier des halles (situé autour de l’actuel cours Saleya – au pied de la colline du château, côté ouest –, bordé par l’anse des Ponchettes) et la population qui l’habite. Le nom de ce quartier vient de la porte de la Mer, ou porte Marine, une entrée pratiquée dans la partie sud de la muraille, parallèle à la Méditerranée, qui protégeait la vielle ville, avant sa destruction lors du siège de Nice en 1706. Cité dans À la bella poutina, Lu Capitani de quartié, Castèu, baloun e limounada, Nissa la bella, Li Pescairis.
Mascouïnà : un autre quartier du Babazouk, où l’on mangeait dans des gargottes mal famées une nourriture vraisemblablement màu couhinat, mal cuisinée. Cité dans Nissa la bella.
| moulin : terme générique pour désigner le moulin (du latin mola, meule). Dans le comté de Nice, les vents sont trop irréguliers pour qu’ils puissent être utilisés afin d’actionner des moulins à vent. L’un des très rares exemples est le moulin à vent installé au mont Boron en 1683, qui fut aussitôt comdamné par manque de vent ! Mais les montagnes et collines du comté sont une source très importante d’énergie hydraulique, qui a été très tôt utilisée pour actionner les différentes variantes du moulin à eau : |
| • | le moulin à gran (moulin à grains) destiné à broyer les céréales pour en extraire la farine (blé, sarrasin, seigle...), ou à écraser les fruits (noix) ; |
| • | le defici qui produit l’huile d’olive ; |
| • | le paradou (ou paraire) pour fouler les fibres (chanvre, laine, lin) des draps et toiles ; |
| • | ainsi que les autres utilisations « industrielles » : |
| - | le martinet (marteau-pilon) pour le travail des métaux, |
| - | la serra à aiga (scierie à eau) pour celui du bois, |
| - | et, plus rares : le « moulin à tan » pour broyer les écorces (chêne, bouleau) et produire le tan destiné à tanner les peaux ou rendre imputrescibles les filets des pêcheurs, et le « moulin à papier » pour triturer la pâte à papier. |
| L’eau des rivières et des torrents est abondante dans les vallées, mais sur le littoral, le marnage de la Méditerranée est beaucoup trop faible pour permettre d’installer des moulins à marée. D’autres énergies ont été utilisées dans le comté pour actionner les moulins : le moulin à sanc (moulin à sang) utilisait la force animale (souvent l’âne) ou humaine (la femme). | | Quelques autres moulins : le pista-pebre (moulin à poivre) et le moulina-café (moulin à café). Quant au moulin à paroles, il s’agit du batarèu (cliquet). |
| Cité dans Lou Festin dai magou, Nona, bressa, La Rouseta de Nanoun, Lou Tint dòu moulin, Viva l’estocafic ! |
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Paihoun ou Pailloun ou Païoun ou Palhon : le Paillon est un fleuve côtier qui prend sa source à 1 300 m d’altitude près du col de Braus. Le bassin-versant comporte quatre affluents différents (Paillon de Contes, Paillon de l’Escarène, Paillon de Laguet, Paillon de Levens) qui confluent à Drap, pour former le Paillon de Nice. À la fin de son cours de presque 36 km, le Paillon arrose Nice, du nord au sud, avant de se jeter dans la baie des Anges. Aujourd’hui couvert sur ses derniers kilomètres, le Paillon était le domaine des bugadiera, qui utilisaient son faible débit comme lavoir public, donnant le spectacle d’un fleuve ne servant qu’à laver (et sécher) le linge. En amont de l’agglomération niçoise, le lit majeur à forte pente dans une vallée encaissée rendait les crues du Paillon soudaines et redoutables, lors de la fonte rapide des neiges et des glaces au printemps, ou pendant les pluies abondantes. Des guetteurs à cheval galopant sur les rives alertaient la population niçoise de ces crues au cri de « Païoun ven » (le Paillon « vient », c’est-à-dire déborde). Et, a contrario : Paioun noun ven se noun es trouble (Le Paillon ne « vient » pas s’il n’est pas trouble). Cité dans La Blea, La Fiha dòu chapacan, Innou Seguran, Lu Mai d’en carriera, Lu Millioun de Carneval, Nissa la bella, Niça rebèla, Lu Revenan, Sus la grava, Lou Tavan merdassié, Tra la la, Vaga d’aquì ! Vaga d’aïa ! Viva l’estocafic.
pan bagnat ou pan bagna : (« pain mouillé ») ancêtre local du « sandwich américain », composé principalement de tomates, d’anchois et de crudités, largement arrosé d’huile (d’olive !). Cité dans A San-Brancai, Lu Cougourdoun, Farandola de printèms, Lou Festin dei cougourdoun, Lou Festin dai rangou, Lou Rèi vutanta vuech, Salut à Levens.
paradou ou paraire : moulin actionné par l’eau destiné à fouler les fibres (chanvre, laine, lin) des draps et toiles.
poulì : polir, doucir, décaper (les métaux), lisser et aussi blanchir.
poulida (féminin) ou poulidi (féminin pluriel) ou poulit (masculin) : poli, avenant, joli. Au sens figuré : doux, blanc, donc symbole de pureté, de virginité. Cité dans Li Baumeta, Carnaval niçois, Chut ! teisas-vous, Lei Courdello, El Desembre congelat, Lou queitivié d’aquéu marrit estable, La Rouseta de Nanoun, Lou Tint dòu moulin, Vaqui lo polit mes de mai, Zon-zon.
poutina : frai (alevin) de petits poissons (sardine, blanchaille). Cité dans À la bella poutina, Zon-zon.
Rauba-Capèu : « Vole-Chapeau » est le surnom de ce quartier en bord de mer, entre l’anse des Ponchettes et le port, au pied de la colline du château, où le vent souffle parfois au point de faire s’envoler capelines et autres chapeaux à larges bords, ainsi qu’ombrelles ou parapluies. Cité dans Cantan, balan per tu, Nissa, La Fiha dòu chapacan, Madama de Cagna, Pi... ouit !
redouta ou redoute : cf. infra veglioni. Cité dans À tu ! À iéu ! Carnaval niçois.
redris : ordre, bon sens, économie, soin, adresse, ainsi que discrétion et fierté ; una frema de redris : une femme ordonnée, une bonne ménagère ; le diminutif redrissoun s’adresse à une jeune fille soigneuse, économe. Cité dans Flou de Nissa, La Margarideta.
lu rèi : le jour des Rois, la fête des rois mages, c’est-à-dire l’Épiphanie, le 6 janvier. Les rois mages sont au nombre de trois : • vêtu de rouge : Balthazar (ou Malgathat), dont la personne symbolise l’âge mûr et les populations sémites, qui apporte à l’Enfant Jésus l’or de la royauté terrestre ; • vêtu de bleu : Gaspard (ou Galgalath), symbolisant la jeunesse et les populations noires d’Afrique, offrant l’encens de caractère divin ; • vêtu de vert : Melchior (ou Saratin), incarnant la vieillesse et les populations blanches, présentant la myrrhe pour rappeler à l’Enfant son destin mortel. D’après Lou Sourgentin, Nice, n° 169, 2005, p. 37. Mais La Marcho di rèi cite Gaspard présente l’or, Melchior offre l’encens, le 3e (Balthazar) présente la myrrhe.
Ces trois rois mages venant de l’Orient sont parfois désignés par leur contrée d’origine : Tarsis, l’Île et l’Arabie. Cité dans L’Afreioulida, Ai ! quouro tournara lou tèms, bregado ? A la ciéuta de Betelèn, L’ange qu’a pourta la nouvello, Lei mage dins Jerusalèn, La Marcho di rèi, Nuhé de Barba Titon, Se vàutre sias countènt, Uno estello.
Saleya : situé au sud du Babazouk près de la mer, « le cours » Saleya est le centre de l’ancien quartier de la Marina. Tour à tour marché aux fruits, légumes, semences potagères ou poissons, salle de fêtes ou lieu d’exposition... selon les époques, il est de nos jours célèbre pour son marché aux fleurs. Le cours Saleya a accueilli dès 1873 les premiers corso carnavalesques. Cité dans Carneval de Niça-la-Florida, Fai anà.
sauma ou saumeta ou saumin : bête de somme, animal employé à porter des fardeaux (mule, mulet, etc.) (du latin sagma, bât, charge, et du bas latin salma, fardeau). Mais le nissart n’emploie sauma que pour désigner la seule ânesse (âne : àe, mule : mula, mulet : mùou). Le diminutif saumeta désigne la jeune ânesse, et saumin l’ânon. Cité dans Cansoun dei mensònegai, Lu Doui Ae, Dòu tèms de l’Empèri rouman, Duèrme, bèu bambin, Lou Festin dai magou, Lou Miéu Ae, Pèr noun langui long dòu camin, Venès virà lou mai.
sirigauda : grand froid. Au figuré, volée de coups. Batre la sirigauda ou sirigaudà (de « rigaudon » et du latin gaudere, se réjouir) : battre la semelle, grelotter de froid ; danse d’hiver pour se réchauffer. Faire balà la sirigauda : donner une bonne volée de coups. Cité dans Lou Festin dai rangou, La Sirigauda.
sofieta, ou soufieta : grenier, mansarde, soupente... Dans la chanson traditionnelle nissarde, la soufieta est le lieu « où naissent les chansons », celui dans lequel l’amoureux songe dans l’intimité à sa bien-aimée. Cité dans La Cansoun dai babarota, Nissa la bella, Per la miéu dama, Lou Rèi de la foulia, Lou Roussignòu, Tra la la, Venès virà lou mai.
tavan : désigne le hanneton et souvent le taon, cette grosse mouche particulièrement tenace et insupportable, dont la femelle pique le bétail et l’homme, pour sucer leur sang. Au sens figuré, personne gênante, importune, qui dérange, « enquiquineur »... Cité dans À tu ! À iéu ! La Fourmiga sus l’espiga, La Luerna, Lou Mariage de la fourmiga, La Pâquerette, Lou Peoui cinemà, San Jóusé m’a di, Lu Tavan, Lou Tavan merdassié.
veglione et redoute, ou veglioni et redouta : sortes de bals masqués organisés pendant la période de carnaval dans des théâtres à l’« italienne ». Il s’agit de journées spécifiques, très prisées au XIXe siècle et à la Belle Époque, au cours desquelles la population (essentiellement la bourgeoisie niçoise et les riches hivernants français et étrangers), déguisée selon un code de couleur très précis et rigoureux (3), se retrouve en soirée au casino municipal (pour les redoutes) ou au théâtre de l’opéra (pour les veglioni). Après la seconde guerre mondiale, le veglione sera peu à peu remplacé par la « Nuit de Nice ». Cité dans À tu ! À iéu !
Notes 1. La tablée des poètes réunis le 21 mai 1854 autour de Frédéric Mistral.
2. Les journaux parisiens de ces années-là rapportent que la mode débuta au Casino de Paris, en décembre 1891, à l’initiative de son administrateur, monsieur Lué. Son père ingénieur à Modane lui aurait fait parvenir les chutes de papier utilisées à cette occasion. Le lancement du nouveau confetti aurait eu lieu au cours d’une fête donnée pour le Carnaval de Paris, alors très grand et qui durait depuis la Saint-Martin, le 11 novembre, jusqu’aux Jours gras en février-mars, avec une reprise pour la Mi-Carême. La paternité du lancement du confetti à Paris est attribuée, sur la partition de la chansonnette Les Confettis éditée en 1895, « À Messieurs Borney et Desprez, Innovateur des Confettis Parisiens ».
3. Par exemple, pour l’année 1903, le comité des fêtes précise, pour le premier veglione du jeudi 19 février : « Les costumes en soie (velours, satin, etc.) seront seuls reçus à ce veglione. Les costumes aux couleurs de la redoute (...) ne seront pas admis. ». Et pour la redoute du dimanche 22 février : « Les costumes (...) devront être rouge vif pour les dames et vert foncé pour les messieurs, avec faculté d’application carnavalesque de couleur inverse (vert sur rouge et rouge sur vert) ou pailleté or et argent. »
Les éléments lexicaux sont extraits, pour partie, de : • Avril (J. T.), Dictionnaire provençal-français, Apt, 1839 ; • Boucoiran (L.), Dictionnaire analogique & étymologique des idiomes méridionaux, Nîmes, 1875 ; • Calvino (Jean-Baptiste), Nouveau dictionnaire niçois-français ; • Castellana (Georges), Dictionnaire niçois-français.
© 2001-2026 Jean-Gabriel Maurandi.

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